Les notes

Parfois, je n’ai rien à noter, alors il faut que je trouve des choses à noter.

Il ne faudrait jamais arrêter d’écrire, de collectionner des mots, des phrases, des noms qui renvoient à des gens qui écrivent des mots, des phrases, des noms. Un patchwork d’idées, une toile tissée de pensées. Le monstre de Frankenstein vivant de lettres mortes qu’on a chargées d’électricité. Juste pour trouver des choses à noter. Si on ne les attrape pas, les mots flottent et partent à la dérive, et il ne reste que le courant qui les a emportés.

C’est René Roussillon à partir des travaux de Donald Winnicott qui a exploré l’idée que le premier objet transitionnel était la parole. Que le doudou est matériel, voué à disparaître, le corps lui, est voué à s’en aller. Mais la parole resterait ? En écho, résonnant puis s’effaçant peu à peu jusqu’à se transformer pour prendre la forme de notre propre voix. Comme la petite voix qui lit mes notes mais qui ne m’appartient pas.

Il y a l’hermétisme où l’on n’entre pas parce qu’il est fermé, celui où l’on entre et qui vous enferme, et celui qui vous invite à entrer pour ouvrir ce qui est fermé.

– Antonin Artaud, Suppôts et Supplications.


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